Conjoncture

CONTROVERSES


Sous la voûte des cieux naissent, croissent et retentissent les controverses. Les astrologues y voient le résultat de conjonctions astrales.
Conformément à leurs attributs zodiacaux, les stars débatteuses frétillent, trépignent, foncent, rugissent et se battent, s’agitent, affichent leur virginité, prolifèrent comme des cancers, se repaissent de langue de bois comme des capricornes, balancent entre les positions, versent dans la duplicité, s’accordent comme des jumeaux.
Le débat est d’abord individuel, chacun en soi. Il devient vite public puisque les journaux intimes font désormais l’objet d’une large diffusion « Internétaire ».
Les débats publics sont universels. Rien ne se fait désormais hors du champ des caméras et micros que chacun emporte dans son sillage ou dans son téléphone de poche.
Il devient plus difficile de débattre entre soi puisque les témoins les plus inattendus s’invitent aux cérémonies cultuelles.
Rien n’est laissé au hasard, tout est préparé. Les circonstances de lieu et de temps sont minutieusement agencées par le maître de cérémonie. La liste des invités, la liste des intervenants, les modalités de mise en place, le déroulement des opérations, le contenu des interventions, les motions conclusives, rien n’échappe à la volonté de prédétermination par la « puissance invitante ».
Mais le hasard et la malice bousculent les belles ordonnances.
Nous vivons en des temps de controverses systématiques. Chaque débat finit en bataille d’Hernani qui mobilise des claques et déclenche des cabales.
Deux attitudes se présentent pour l’organisateur. La fermeture dont on attend la mise en œuvre de forces centripètes et la neutralisation des forces centrifuges. L’ouverture dont on espère la mise en difficulté voire l’anéantissement des oppositions.
Il en résulte une multiplicité d’attitudes ouvertes aux opposants : la politique de la chaise vide, l’organisation en bonne et due forme d’un contre-débat, la participation pour « un marquage à la culotte » de l’adversaire, la mêlée « spontanée » devant les médias, l’entrisme perturbateur, l’épreuve de force d’anéantissement.
Les absents ayant toujours tort on choisit d’y participer. Les combattants soumettent le citoyen au régime du spectacle, à la glorieuse incertitude du sport.
Selon la conjoncture, les sympathisants-spectateurs sont envoûtés par des variétés, des opéras-bouffes, des opérettes, des tragicomédies, du cinéma, des jeux du cirque.
Les partisans-supporters sont galvanisés et les adversaires terrorisés par des « hakas » politiques qui ne perdent rien de leur virilité quand les conduisent des Amazones.
Chaque débateur, chaque polémiste représente sa maison, sa profession, son club, son parti. Et en parle le patois.
Dans la société médiatique tout le monde est peu ou prou dans le circuit de l’information. Rien ne peut rester longtemps secret.
Comment toucher son électorat et sa clientèle attitrée sans donner des armes à la concurrence ? Comment exalter les militants et sympathisants sans effaroucher les hésitants et sans mobiliser l’électorat ou la clientèle adverses.
Le choix des symboles, des images et des mots est la grande affaire.
Les mêmes mots ont une signification, une portée et un retentissement différents, selon les sujets et les circonstances, selon les participants et leurs obédiences, selon l’auditoire et les témoins.
La mauvaise foi et les préjugés commandent les controverses. Tout le monde obéit parfois, sauf les esprits libres.
L’actualité fourmille d’exemples de disputes stériles.
La taxe carbone peut susciter des discussions sur son montant, sa répartition, son séquençage mais ne justifie pas les polémiques sur son bienfondé.
La vaccination contre la fameuse grippe, qui fait tousser la politique politicienne, a pu justifier des débats sur son ampleur, sur son rôle préventif général ou personnel, sur les modalités de sa mise en œuvre. Le débat sur l’opportunité de la « vaccine » est d’un autre temps. Déjà au XVIIIème siècle les esprits éclairés militaient pour l’inoculation contre la petite vérole aujourd’hui disparue.
La santé publique est un combat. Avant de déclarer des surplus d’intendance, il est prudent d’attendre la fin de la guerre. Et il est préférable de l’avoir gagnée.
Quand la polémique est ouverte, il vient toujours un moment où il vaut mieux la fermer.

Pierre Auguste

Le 13 janvier 2010